Se libérer de l’agressivité

L’agressivité : comment l’identifier chez les autres et en soi afin d’en souffrir moins ?

Dans la rue, au bureau ou en famille, nous nous sentons parfois agressés par une ou plusieurs personnes. Nous restons alors figés, mal à l’aise, meurtris ou alors, en réaction, manifestons notre colère. Il nous arrive aussi de nous emporter et d’agresser les autres sans bien en identifier les raisons, ni en mesurer les effets chez nous et chez l’autre.

Instinct premier de survie et de développement chez les êtres vivants, l’agressivité humaine nie souvent l’autre et installe une violence psychique d’autant plus destructive qu’elle n’est pas nommée.
Notre discussion cherchera à mettre des mots sur notre expérience de l’agressivité, dans une époque particulièrement propices à ce comportement.

 


Suite à ce ce premier café psycho, voici quelques éléments saillants de notre discussion et des contenus ci-après :

  • Nous sommes tous émetteurs et récepteurs de comportements agressifs,
  • Pour nous libérer de l’agressivité, celle de l’autre ou la notre, un premier pas peut être présent à soi-même, de repérer que l’on ne sent pas bien,
  •  Face à la violence : faire d’abord un pas de côté, intérieurement ou dans le réel, avant d’entrer en communication avec l’autre,
  • Pour nous détacher, quasiment au sens littéral,  de l’agressivité d’autrui, nous pouvons essayer de rentrer en empathie avec lui, nous accorder sur sa fréquence  pour sentir où il est. Repérer le besoin frustré chez la personne par qui on se sent agressé, reconnaître son manque, et le lui dire avec tact, après se l’être formulé précisément à soi-même, en parlant de notre propre ressenti. Ceci peut désamorcer la violence. Et en même temps repérer objectivement ce que l’on ne veut pas donner à l’autre, et pourquoi.
  • Sortir du “c’est de ta faute” , du “non, c’est toi”,
  • Pour dire stop à l’agressivité, ne pas viser la personne mais sa représentation symbolique du monde.
  • Repérer les personnes qui se plient toujours à notre volonté (“c’est toi qui décide”) et un jour éclatent de ne pas avoir respecté leur propre désir,
  • Eviter les lieux ou les personnes sources d’agressivité,
  • Paul Boyesen, créateur de l’Analyse Psycho Organique : “sentir quand quelque chose est inacceptable, avant que cela ne devienne intolérable”.
  • L’agressivité et la peur baissent si l’on médite, si l’on pratique la pleine conscience, l’altruisme, la compassion.

 


Afin de prolonger la réflexion et d’élargir le thème pour ceux qui le souhaitent, voici quelques références en lien avec notre discussion du mercredi 9 octobre :

Fred et Marie, le spot qui dénonce les pervers narcissiques :

Lors du cycle de conférences 2013 sur la violence à l’Université de tous les Savoirs, Boris Cyrulnik, neurologue, psychiatre, exposait de façon claire et passionnante les fonctionnements de la “violence des représentations” chez les être vivants.


Selon l’éthologue et psychanalyste Konrad Lorentz dans son livre “l’agression” (1977,  Champs, Flammarion) :
“l’agressivité, c’est à dire l’instinct de combat de l’animal et de l’homme, dirigé contre son propre congénère, dont les effets sont souvent identifiés à ceux de la pulsion de mort, est un instinct comme tous les autres et, dans des conditions naturelles, il contribue comme tous les autres, à la conservation de la vie et de l’espèce. Chez l’homme, qui a changé trop vite ses conditions de vie, l’instinct d’agression produit souvent des effets nocifs, mais les autres instincts ont des résultats analogues, bien que moins dramatiques.”

 


D’après Mélanie Klein, dans “l’amour et la haine” (1969, Petite Bibliothèque Payot) :
“les manifestations affectives des hommes et des femmes ont deux sources fondamentales ; ce sont les deux grands instincts primitifs de l’homme : la faim et l’amour ; autrement dit, l’instinct de conservation et l’instinct sexuel. Notre vie est essentiellement au service d’un objectif double : s’assurer des moyens d’existence et, en même temps, tirer du plaisir de cette existence. La haine est une force de destruction , de désintégration, qui va dans le sens de la privation et de la mort. L’amour est une force d’harmonisation, d’unification, qui tends vers la vie et le plaisir. Ceci dit, l’agressivité est loin d’être totalement destructrice et douloureuse, et l’amour peut être agressif et même destructeur dans ses manifestations.
(…)
L’égoïsme, l’avarice, l’envie, la jalousie, l’inimitié, le sentiment de dépendance (vécu comme dangereux) sont des sources d’agressivité qui existent en chacun de nous. Nous n’aimons pas beaucoup cette idée alors inconsciemment nous minimisons leur importance. Nous repoussons ces sentiments hors de notre champ de vision.
(…)
Dans le travail ou dans les plaisirs, ceux qui ne possèdent pas assez d’agressivité , dans l’adversité, ne peuvent suffisamment s’affirmer. Instinct d’amour et instinct de conservation ont besoin d’une certaine dose d’agressivité.
(…)
Le bébé qui a faim et qui n’obtient pas satisfaction découvre qu’il ne peut pas satisfaire tous ses propres désirs, il pleure, crie, devient agressif, a de la haine associée à des sensations corporelles d’explosion, de brûlure, de suffocation, d’étouffement. Il ne peut établir de distinction entre le moi et le non moi. Il pense que son monde est nocif. Ceci a des conséquences psychologiques énormes : sentiment de perte accablante, sentiment de dépendance, d’amour mêlé de haine ; il développe ainsi un besoin de sécurité contre ces expériences intolérables de frustration.
(…)
La projection est notre première mesure de sécurité contre la douleur, la peur d’être attaqué ou l’impuissance. Tous les sentiments douloureux ou déplaisants ressentis sont immédiatement relégués à l’extérieur de nous-même. Nous nous en déchargeons sur un autre. Si nous reconnaissons ces forces en nous, nous disons qu’elles sont venues sous l’effet d’un agent extérieur, et qu’elles devraient retourner d’où elles viennent. C’est la réaction la plus spontanée face à la douleur. Comme chez le bébé.
(…)
Exemple : si quelqu’un nous attribue une chose déplaisante, nous répondons “toi aussi” : en fait nous disons que cette chose est en lui.
(…)
Ce que nous craignons le plus sont les forces destructrices qui s’opèrent en nos contre nous-mêmes.”

 


Selon Matthieu Ricard, dans sa conférence au Conseil Economique et Social et Environnemental et son livre “Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance” :


L’altruisme, une réponse aux défis de notre temps par le_cese

“d’après l’OCDE, la qualité du lien social est la première attente pour le bien vivre.
(…)
L’agressivité et la peur baissent si l’on médite, si l’on pratique la pleine conscience, l’altruisme, la compassion.
(…)
Le psychopathe n’a aucune empathie : si l’autre souffre, je ne suis pas touché.
(…)
Dans un groupe social, en cas de dérégulation, il y a toujours 20 % de personnes ramenant tout à elles sans se soucier du bien commun (les “free-riders”), 20% de personnes fondamentalement altruistes, et 60% indécises, pouvant passer d’une position à l’autre selon l’influence des deux autres sous-groupes ou d’autres facteurs externes.
(…)
La discrimination entre mon groupe et un autre groupe est le premier réflexe humain.
(…)
La violence à l’encontre des femmes et des enfants baisse depuis 5 siècles, le nombre de morts par conflit baisse. La violence domestique est la première cause de souffrance dans le monde.

 


Selon Christophe André, psychanalyste, intervenant à cette même conférence :
“Grâce à des études réalisées depuis 20 ans, on connait aujourd’hui la plasticité du cerveau de l’être humain : la possibilité d’apprendre à notre cerveau à réguler différemment nos émotions. Les changements proviennent d’un entraînement.
Pour réussir sa vie, l’intelligence émotionnelle est supérieure au Q.I.”

 


Selon Georges Didier, psychanalyste, dans son livre l’expérience de la non-violence” (2006, Jouvence) :
Marshall Rosemberg a proposé une approche de la communication non-violente. Pour lui, les émotions, les passions, les violences sont des alertes qui révèlent que des besoins vitaux ou imaginés comme vitaux ne sont pas satisfaits.
(…)
Cela oblige à sortir du “c’est de ta faute”.
(…)
Il n’y a ni victime ni bourreau. Il y a un retard à être présent, parfois une paresse pourtant alertée. Cela oblige à distinguer le besoin de l’imaginaire, le présent du passé, les besoins des désirs. La satisfaction des désirs est impossible. Celle des besoins est souhaitable. Il faut donc passer de l’imaginaire au réel.
(…)
Dans un conflit, il faut que soient interrogés les besoins insatisfaits, car ce sont eux qui sont derrière la manifestation de la violence. Pourquoi cette colère ? Pourquoi cette agressivité ? Qu’est-ce qui se crie ? Quel manque se vit-il comme violenté ?
(…)
Repérer le besoin frustré chez son adversaire peut désamorcer la violence. Il s’agit alors de créer une empathie avec lui en reconnaissant son manque, donc la souffrance manifestée… Et en le disant avec tact après se l’être formulé précisément à soi-même. Et en même temps repérer objectivement ce que l’on ne veut pas donner à l’autre, et pourquoi. Quelle est la peur de la dépossession.
(…)
Cet autre haï, comme dans une séparation, un divorce, est exactement celui qu’il nous faut pour revisiter et faire exploser les fixations. Ainsi, l’ennemi est cet autre indispensable pour évoluer car il vient pointer les archaïsmes. Raison de plus pour le respecter même s’il doit être combattu. L’ennemi fait partie de la communauté. C’est simplement une structure qui le différencie et en fait une personne à combattre. Ce n’est pas une personne qui est visée , mais sa représentation symbolique du monde. C’est la que la non-violence est pertinente et peut faire évoluer les deux protagonistes. Elle ne vise pas l’homme mais l’aide à lâcher prise.”

 


René Girard, dans “la violence et le sacré, (2011, Pluriel), au regard d’une relecture des tragiques grecs et de la psychanalyse, propose une théorie originale du “désir mimétique” et des de bouc émissaire… Voici deux courts interviews de René Girard sur le sujet :