Oser dire

Qui parle quand je dis « Je » ?

Notre civilisation de l’hyper communication masque parfois notre difficulté à dire. Comment oser parler en notre nom, dire notre vérité, l’engager / « langager » dans notre corps, retrouver notre spontanéité d’enfant quand on parle? Peut-on le faire sans avoir peur du jugement de l’autre ? Peut-on le faire sans dire pour l’autre ? Comment lui dire que l’on n’aime pas ce qu’il nous fait et en même temps garder la relation ? Peut-on dire « c’est ma place » ? Dire « non » joyeusement car dans les fondations de ce « non » il y a un « oui » à quelque chose d’important pour nous ? A quel prix nous taisons-nous : mal au ventre, maladie, mauvaise estime de soi ? … Certains silences tuent. Certains silences réent des secrets de famille. Comment « parler notre solitude », parler pour nous relier aux autres, parler pour exister ?

Café Psycho - Thème : Oser dire

Voici quelques éléments saillants de notre discussion de ce quatrième café psycho :

  • Il est parfois compliqué de dire sans être envahi par les émotions,
  • Ce n’est pas évident de parler en famille, et du coup quand ça sort, c’est violent,
  • Parfois en famille, l’harmonie est au prix de se taire. On ne pense pas à soi mais aux autres.
  • Dire, c’est me donner le droit d’être qui je suis,
  • Dire, c’est accepter de ne pas rentrer dans le moule,
  • Si je ne dis pas, ça cogite dans ma tête,
  • Y’en a marre de se taire, de toujours pardonner,
  • Qu’est-ce que ça remet en question de dire ?
  • Dire, c’est garder une liberté d’invention,
  • Même quand la situation est derrière soi, tant que je n’ai pas dit les choses, je ne suis pas soulagée. Ça reste quelque part, ça ne circule pas,
  • Dire des choses factuelles, d’une façon non agressive,
  • Le thème du pardon me semble lié au thème de ce soir.

 

 


 

LE NON-JOYEUX  ( ou : à quoi je dis OUI à moi quand je dis NON à l’autre ?)

Le « non-joyeux » est un concept élaboré par Paul Boyesen dans les années 1970 suite à l’observation de catharsis et de décharges de colère.

Définition « le vocabulaire de la psychanalyse, J. Laplanche et J.-B. Pontalis  :

  • « méthode cathartique : méthode de psychothérapie où l’effet thérapeutique cherché est une purgation (« catharsis »), une décharge adéquate des affects pathogènes. La cure permet au sujet d’évoquer et même de revivre les événements traumatiques auxquels ces affects sont liés et d’abréagir ceux-ci.
  • Abréaction : Décharge émotionnelle par laquelle un sujet se libère de l’affect attaché au souvenir d’un événement traumatique, lui permettant ainsi de ne pas devenir ou rester pathogène.

Pour exprimer un Non qui abaisse la tension et la charge émotionnelle en nous, il nous faut en sentir la charge musculaire retenue et le sens. Sans le sens, nous continuons de répéter la situation à laquelle nous disons non, ou alors nous entrons en dépression croyant cette situation est indépassable. Le « non » dit en corps et en sens ouvre au « oui » à quelque chose à l’intérieur de soi.

Le fait de dire « non » protège « l’impulse primaire », l’impulsion de vie primordiale de l’individu.

Dire non entraîne une structuration identitaire, l’émergence du « je ». Mon « non » structure mon territoire, pose mes limites corporelles. Non à la mort, oui à la vie. Non je ne suis pas toi, oui je suis moi. Non à tes croyances, oui aux miennes. Ce que je sens n’est pas ce que tu sens. Non aux projets que tu as pour moi, oui à mes projets.

Nous avons peur de dire « oui » à soi en face de l’autre parce que nous avons a peur qu’il ne nous aime plus. Bébé ou enfant, nous avons peur de scier la branche sur laquelle nous sommes assis : nous allons dire non à nos parents nourriciers.

 


Oser Dire – Jacques Salomé
http://www.cles.com/enquetes/article/oser-dire

Mon commentaire de cet article :

Nous aspirons tous à « nous dire », à pouvoir être entendus.

Notre époque décuple les moyens de communication jusqu’à saturation. Dans les réseaux sociaux, ou à travers les médias, la communication nous met rarement en contact avec l’autre, dans une intimité, une vérité, une profondeur dont nous avons besoin. Parler ne suffit pas. Nous avons besoin de nous dire à l’autre comme l’enfant a besoin de communiquer avec sa mère et en attend un retour. Ce retour lui donne la sensation d’être contenu, cet aller-retour est un lien qui lui donne la confiance, relié, pour faire sa propre vie.

La parole qui parle « à la place de l’autre » ou qui « parle de l’autre », qui « impose ses désirs et ses peurs » à l’autre n’est pas la parole qui parle à l’autre. Envoyer nos propres angoisses à l’autre en les déguisant en une parole pour l’autre ne crée pas du lien, ne crée pas de la communication.

Nous dire à l’autre en nous encrant dans ce que l’on ressent, dans ce que l’on est, plutôt que ce que l’on pense, ou que « les autres » souhaiteraient que l’on pense, crée la vie, nous fait toucher à l’universel qui traverse tous les humains, nous fait sentir que nous faisons partie d’un tout. Sinon, c’est en « mort-vivant » esseulé que nous avançons.

« Oser demander,
oser recevoir,
oser refuser  »

Communiquer est accepter que l’expérience de l’autre n’annule pas la mienne.
Nous dire et entendre devient plus difficile quand nous nous approchons de notre vérité.
C’est la qualité de la communication et non la qualité de l’autre qui est à observer quand on communique.

 


Secrets de famille – Serge Tisseron

« Le pire n’est pas le traumatisme mais le secret gardé autour de l’événement qui a créé le traumatisme. »

(…)
« Sans la possibilité de préserver un secret, il n’y a point d’estime de soi, point de liberté et peut-être même point d’amour. »
(…)
« Quand un parent tente de cacher un évènement, son enfant le sent toujours.  »
(…)
 » La grande majorité des secrets a toujours concerné la naissance et la mort « 

 

 


Conseils de lecture :

  • Les secrets de famille – Serge Tisseron – Editions Puf
    lessecretsdefamille-sergetisseron
  • L’expérience de la non violence – Georges Didier – Editions Jouvence
    experiencedelanonviolence-georgesdidier
  • Sans père et sans parole – Didier Dumas – Editions Pluriel
    sanspereetsansparole-didierdumas